jeudi 5 mars 2015

Stratégie numérique : le copié-collé des entreprises françaises

Ces derniers mois, la plupart des grands groupes français ont présenté leur plan de transformation numérique. Avec de grandes similitudes dans les termes et les outils utilisés. Comparons.





Accor, Société Générale, Axa, la SNCF… Ces derniers mois, nos grandes entreprises ont présenté leur plan de transformation numérique. Des présentations assurées par leurs PDG respectifs. Preuve de l’importance aujourd'hui donnée au sujet. 

Ces capitaines d'industrie étaient assistés, comme il se doit, par leur chief digital officer nouvellement nommé. Yves Tyrode pour Guillaume Pepy (SNCF), Vivek Badrinath pour Sébastien Bazin (Accor).

Les sommes engagées donnent également la mesure de l’enjeu. Étalée généralement sur trois ans, l’enveloppe consacrée se chiffre en centaines de millions d’euros. 180 millions d’euros pour Axa, 450 pour la SNCF !

Mais ce ne sont pas les seuls points communs. Les programmes présentent de très fortes similitudes. A croire qu’ils ont été conçus par le même cabinet de conseil. A commencer par le nom même du projet avec le hashtag qui va bien. #DigitalSNCF ou #DigitalAXA, tout est digital.

On passera vite sur cet anglicisme qui n’a guère de sens dans la langue de Molière. « Digital », « qui appartient aux doigts » nous renseigne le Larousse. Si ce ne sont les tablettes tactiles que ces entreprises distribuent par milliers pour leur acculturation au numérique, le sens du toucher n’est guère mis à contribution.

Passons au fond maintenant. Toutes ces instituions, pour certaines plusieurs fois centenaires, veulent s’inspirer des GAFA et ne jurent que par l’open innovation et la co-innovation. Il s’agit de s’ouvrir aux startups pour retrouver l’agilité que ces mastodontes peinent à retrouver. Chacun aura son incubateur, son accélérateur ou sa pépinière. Dans son Village by CA, le Crédit Agricole entend couver jusqu’à une centaine de jeunes pousses à deux pas des Champs-Élysées.

Il faut aussi un fonds d’investissement. Après d’autres, Axa vient de lancer son fonds de capital-risque, Axa Strategic Ventures SV, doté de 200 millions d’euros. L’assureur veut investir dans les jeunes pousses évoluant dans les secteurs de l'assurance, de la gestion d'actifs, des technologies financières et de la santé.

S'inspirer des GAFA


Ensuite, il faut être « open ». On ouvre ses API à l’écosystème. Le Crédit Agricole, encore lui, mais aussi PSA Peugeot Citroën ou Orange organiseront dans quelques jours un challenge très original. Startups et développeurs auront deux mois pour piocher dans leurs API et créer des applications autour des transports et des moyens de paiement.

Sans aller jusque-là, les entreprises multiplient les hackathons. Société Générale en a organisé deux à quelques mois d'intervalle, l’un où il s’agissait de réinventer la DSI, l’autre portait sur les objets connectés. De même, il est de bon ton d’avoir son app store ouvert aux développeurs externes. Même Pôle emploi s’apprête à ouvrir le sien, baptisé Emploi Store.

Enfin, il est indispensable d’avoir son lab, qui servira de vitrine aux usages innovants, à l'instar de ce qu'a mis sur pied l'assureur Cardif (BNP Paribas). Dans ce lab, qui s’appelle généralement « le lab », on retrouvera inévitablement les lunettes connectées de Google même si elles sont passées de mode, la montre connectée de Samsung (en attendant l’Apple Watch), le casque de réalité virtuelle Oculus Rift, un drone de Parrot, le robot de téléprésence Beam ou un robot humanoïde d’Aldebaran.

Pour être totalement complet, il faudrait rajouter, côté formation interne, des Moocs, une pincée d’e-learning et de serious game. Bien sûr, tous les salariés communiquent sur le réseau social d'entreprise. Et là, je crois que là on a coché tous les bons buzz words.